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L'enseignement de la lecture

L’apprentissage de la lecture est emblématique, il est la première fracture scolaire. Pourtant, tous les enfants peuvent apprendre à lire … (mêmes ceux qui ont de réelles difficultés orthophoniques). Il constitue certainement l’élément le plus discriminant à l’école. Un enfant qui a des difficultés de décodage n’aimera pas lire. Un enfant qui n’aime pas lire ne lira pas, et ne progressera pas. C’est en lisant que l’on s’améliore. Nous étions dans une spirale, la difficulté scolaire. Les méthodes utilisées dans les écoles étaient-elles les plus facilitantes pour les élèves ?en respecter les consignes en exploitant uniquement les codes sous-cités.


Aujourd’hui, les neurosciences nous ont appris que la meilleure façon pour apprendre à lire était la démarche syllabique. Pourtant, beaucoup d’enseignants continuaient avec des méthodes mixtes. Une méthode syllabique, appelée aussi alphabétique enseigne le son que produit une lettre ou un groupe de lettres. Une méthode mixte ou semi-globale commence par une phase de méthode globale, puis introduit petit à petit la lecture des lettres et des syllabes de manière inductive. L’apprentissage de la lecture est une démarche méthodique qui est longue. Chaque enfant est différent ; un enfant peut mettre un an pour apprendre à lire. Ne pas savoir lire au mois de juin du CP ne devrait pas être vécu comme un échec.

Pourquoi la méthode mixte ou semi-globale était-elle encore très souvent utilisée à l’école ? Beaucoup d’enseignants y étaient encore très attachés, car elle présente souvent des textes plus riches que la méthode syllabique. Eût-il aussi fallu apprendre à comprendre ? Attachés au sens, à l’intelligence plus qu’à la mécanique, cette posture eût-elle caché un péché d’orgueil ?

Les sciences cognitives nous éclairaient encore. Le cerveau d’un enfant n’apprend pas à lire et à comprendre en même temps. Il hiérarchise les tâches. Il commence par décoder avant de comprendre. La maîtrise de la compréhension vient après.

Ne pas comprendre ce qu’on est en train d’apprendre à lire n’est donc pas inquiétant. L’apprentissage systématique du code est une exigence pour tous les enfants, surtout pour les élèves en difficulté scolaire. Véritable boîte à outils, la méthode syllabique, le b.a.-ba, est indispensable pour apprendre de manière méthodique et organisée. L’indigence sémantique et littéraire des textes n’est-il pas au service de la mécanique combinatoire ?

Beaucoup d’orthophonistes disaient la même chose. Leurs cabinets étaient pleins, remplis d'élèves qui rencontraient des difficultés en lecture, en orthographe, parce que la démarche semi-globale n'était pas adaptée pour eux. Une multitude d’enfants vont chez l’orthophoniste parce qu’ils n’ont pas encore compris la relation phonie-graphie. Ils ne sont pas dyslexiques, ils ne comprennent pas qu’une lettre a un nom et que cette lettre produit un son. Le nom de cette lettre est différent du son qu’elle produit. Il y 20 ans, un petit garçon qui ne l’avait pas bien compris lisait le mot « chat » de cette manière : cesHacheAté [seaᶘate]

L’homme a parlé avant de lire et d’écrire. L’oral construit l’écrit. Le langage oral est constitué de syllabes et de sons. On part d’un mot, (de l’oral), on le décompose en syllabes, que l’on décode. On essaye ensuite de comprendre, d’apprendre à reconnaître les lettres qui produisent ces syllabes. L’élève apprend qu’une lettre produit un son et qu’assembler plusieurs lettres produit une syllabe. Bon, ça parait simple, mais il y a des syllabes d’une lettre et des syllabes de cinq lettres. (à : syllabe d’une lettre /chuintement : syllabe de cinq lettres). Notons que l’école maternelle prépare les élèves aux apprentissages du CP. Le travail phonologique en amont y est fondamental. Les enfants qui ont appris à discriminer les syllabes d’un mot apprennent à lire plus facilement ; encore faut-il différencier syllabes orales et syllabes écrites …

Apprendre à lire nécessite aussi une très bonne connaissance de la relation entre le code écrit (les mots) et le code oral (leur lecture). Le dispositif 100 % réussite en CP/CE1 était une excellente idée. Pourquoi a-t-il fallu attendre 2017 pour y penser ? Il permettait aux enfants en REP d’avoir un enseignant pour 12 élèves. Ce dispositif classe dédoublée eut été une excellente opportunité pour mieux enseigner la lecture, si fondamentale en CP ! Il n’en fut rien … En 2021/2022, je travaillais avec un enseignant expérimenté dans un CE1 dédoublé. Nous avions 23 élèves pour nous deux. Nous étions tous les deux très étonnés par la faiblesse en lecture des élèves qui avaient bénéficié des CP dédoublés. Comment pouvions-nous avoir encore 26 % des élèves qui déchiffraient difficilement. On était encore loin de l’objectif 100 % réussite fixé par Jean-Michel Blanquer ...

Les jeunes collègues qui travaillaient en CP n’étaient pas formés spécifiquement à l’enseignement de la lecture. L’Éducation nationale avait oublié la formation … Un manuel de lecture n’est pas suffisant, il faut quand même maitriser quelques concepts linguistiques, même avec 12 élèves. Nous observions que l’enseignement en CP se concentrait principalement sur le codage au détriment du décodage. Les manuels proposaient un enseignement syllabique : B + A = BA

En CE1, 26 % des élèves décodaient difficilement (ne déchiffraient pas). D’autres décodaient laborieusement les mots comportant des sons complexes. (eau/oi/an/em/eoi/phr …)

Petit dialogue avec un jeune collègue de CP classe dédoublée :

— Aujourd’hui, une petite fille de CE1 me disait que la mot cantine comportait 2 syllabes.
— Et alors ? Il y en a deux non ?
— Justement non, c’est un des soucis rencontrés par les élèves. La phonologie, les syllabes orales, c’est du codage et lire un mot, c’est du décodage (décoder le code écrit) … Le mot cantine a trois syllabes écrites (les mots sont écrits) : CAN TI NE. On dit à tord que le E est muet, en fait il ne l’est pas. S’il était muet, on lirait cantin. La syllabe NE est une syllabe discrète, sauf à Marseille ou on dit : Cantineu !

Segmenter, analyser le mot écrit en syllabes écrites est une activité fondamentale pour apprendre à bien lire.
— On m’a toujours dit que cantine avait deux syllabes.
— Tu veux dire à l’INSPE ?
— Non, à l’INSPE, on n’apprend rien.
— Réfléchis, TINE n’est pas une syllabe. Cet apprentissage est un peu global, TINE est formé de deux syllabes : TI + NE.
— Comment ça ?
— On apprend aux élèves que le mot Pataugeoire comporte trois syllabes … L’enseignement syllabique repose sur la lecture des syllabes et leur combinaison.
P + A = PA (facile), T + AU = TAU (un peu plus difficile).
G + E + OI + R + E = GEOIRE (très, très, très difficile).
— Tu as raison, ils n’apprennent pas à analyser, à décoder GEOIRE, ils le lisent un peu globalement, au petit bonheur la chance …
— C’est plus facile pour les élèves de dire que ce mot comporte 4 syllabes : PA TAU GEOI RE. L’analyse est ainsi rendue possible, la lecture plus mécanique, active, rassurante.

L’analyse morphologique est fondamentale. Il faut sans arrêt observer, analyser comprendre le lien entre l’oral et l’écrit, entre l’écrit et l’oral. Les meilleurs lecteurs sont passés maîtres dans cette gymnastique analytique.

Souci majeur, l’école maternelle notamment en grande section n’enseigne que la phonologie : cantine en deux syllabes. Les élèves sont parfois perdus quand la maîtresse du CP leur dit qu’il y en a trois … Deuxième difficulté, l’enseignement hasardeux du fameux E muet induit aussi beaucoup d’erreurs (cantine). Dans le mot géométrie, le E est muet, car même si on l’enlève, on lit toujours géométri.

— Ne crois-tu pas que les enseignants de CP devraient recevoir préalablement une formation linguistique de base ?


Vous pourrez retrouver ce texte page 139 du livre :


Désespérance et résilience d’un maître d’école

Pascal Dumas

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